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La Moselle · Histoire

Histoire de la navigation sur la Moselle

L'histoire de la navigation sur la Moselle relie la batellerie antique de Trèves aux chalands de 3 000 tonnes d'aujourd'hui. Entre les deux, une rivière longtemps capricieuse, puis une canalisation internationale décidée en 1956 par trois États.

Une voie de commerce depuis l'Antiquité

La Moselle est une voie fluviale et commerciale importante dès l'époque romaine, entre le Ier et le Ve siècle. Au Moyen Âge, la batellerie s'organise : une corporation de bateliers est constituée à Trèves en 1252. Au XVIe siècle, un trafic régulier de passagers et de marchandises anime la rivière.

Côté lorrain, les ducs de Lorraine l'utilisent eux aussi. Des documents du XIVe siècle les montrent faisant le trajet de Nancy à Pont-à-Mousson sur des bateaux aménagés en appartements. Mais la rivière reste libre, sans barrages ni écluses, et la navigation dépend largement des saisons et du niveau de l'eau.

XIXe siècle : la vapeur sur une rivière libre

Entre 1835 et 1840, une société commerciale lance un service de bateaux sur la Moselle lorraine. Le premier, l'Austrasien, fait chaque jour l'aller-retour entre Metz et Pont-à-Mousson, avec passagers et marchandises. En 1841, la compagnie transporte 43 854 voyageurs.

Le succès ne dure pas. Les difficultés saisonnières, basses eaux et crues, perturbent le service, et il faut une douzaine d'heures pour relier Metz à Nancy. Ce transport lent et irrégulier devient peu à peu obsolète. Sans aménagement, la Moselle ne peut pas porter un trafic régulier : il faudra attendre le XXe siècle pour que la rivière soit domptée.

1932 : le canal des mines de fer de la Moselle

Comme son nom l'indique, le canal des mines de fer de la Moselle, achevé en 1932, est tourné vers le minerai lorrain. Il est construit au gabarit Freycinet, avec des écluses de 40,50 × 6 m, mais reçoit une largeur supplémentaire en prévision d'un élargissement futur.

Ce choix montre que l'idée d'une Moselle à grand gabarit est déjà présente. Mais une canalisation complète, jusqu'au Rhin, suppose l'accord des pays que la rivière traverse en aval de la France. Il faudra attendre l'après-guerre et les premiers pas de la construction européenne pour qu'il soit trouvé.

1956-1964 : la canalisation internationale

Le 27 octobre 1956, les accords de Luxembourg incluent une convention franco-germano-luxembourgeoise sur la canalisation de la Moselle. Les trois États riverains créent une Société internationale de la Moselle pour financer les travaux, et une Commission de la Moselle pour administrer la voie. Les chantiers commencent en 1958.

La Moselle canalisée est inaugurée en 1964, notamment en présence de la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg et du général de Gaulle. Une suite de barrages et d'écluses transforme la rivière en un escalier de biefs calmes, de Coblence à Metz, avec 3 m de profondeur. La Lorraine obtient un accès direct au Rhin et, au-delà, aux ports de la mer du Nord.

1969-1999 : Frouard, Neuves-Maisons et approfondissement

La France prolonge ensuite le grand gabarit vers l'amont. Entre 1969 et 1979, les travaux de la Moselle supérieure française portent la voie jusqu'à Frouard, atteint en 1972, puis jusqu'à Neuves-Maisons en 1979. Les écluses construites à partir de Frouard sont un peu plus longues que les premières : 185 m au lieu de 176 m, pour 12 m de large.

Entre 1992 et 1999, la voie est approfondie de Coblence à Richemont, ce qui permet, à partir de 2000, un tirant d'eau autorisé de 2,80 m. En Allemagne, des seconds sas plus longs sont ensuite ajoutés à plusieurs écluses, à Zeltingen en 2010, à Fankel en 2014 et à Trèves en 2021.

Ce que cette histoire laisse à la navigation et à la signalisation

Le statut international hérité de 1956 explique la coexistence de deux régimes : le RPNM de la Commission de la Moselle sur la section internationale, le RGPNI et le règlement particulier de police ailleurs. Les deux s'appuient sur les signaux du CEVNI, ce qui permet une signalisation cohérente d'un bout à l'autre de la rivière : voir notre page sur le CEVNI.

La canalisation par étapes se lit aussi dans les ouvrages : écluses de 176 m en aval, de 185 m en amont, petits sas de plaisance à Talange et à Metz-Nord, points kilométriques comptés depuis Coblence. Un panneau de PK ou un signal B.11b posé à Toul s'inscrit donc dans un système pensé à l'échelle de trois pays. Pour la situation actuelle, consultez la page Moselle : navigation et signalisation et, pour les formats, notre page panneau de point kilométrique. Vers la Saône, l'itinéraire se poursuit par le canal des Vosges.

Sources

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