Le Rhin · Histoire
Histoire de la navigation sur le Rhin
L'histoire de la navigation sur le Rhin en Alsace est celle d'un fleuve sauvage peu à peu transformé en voie d'eau internationale : liberté de navigation garantie par la CCNR, rectification du lit au XIXe siècle, puis canalisation par paliers au XXe siècle.
Un fleuve de commerce depuis l'Antiquité
Le Rhin porte des bateaux depuis l'époque romaine. L'Alsace en garde une trace : une embarcation chargée de meules provenant de l'Eifel a coulé au IIIe siècle de notre ère à La Wantzenau, au nord de Strasbourg. Pendant des siècles, le fleuve reste pourtant difficile. Dans la plaine d'Alsace, il se divise en de nombreux bras, forme des boucles et déborde fréquemment. Les bateliers composent avec un chenal changeant et un courant soutenu.
Le fleuve traverse aussi plusieurs États, chacun avec ses règles. Au début du XIXe siècle, les puissances européennes décident de confier sa navigation à une institution commune, qui existe toujours.
1815-1868 : la CCNR et la liberté de navigation
Le congrès de Vienne crée en 1815 la Commission centrale pour la navigation du Rhin, présentée aujourd'hui comme la plus ancienne organisation internationale encore en activité. Elle tient sa première session à Mayence en 1816, y siège jusqu'en 1861, puis s'installe à Mannheim.
C'est là que les États riverains signent en 1868 la convention qui fonde encore le régime du fleuve : l'acte de Mannheim pose le principe de la liberté de navigation sur le Rhin. La CCNR devient l'organe qui fixe les règles communes, veille aux aménagements et tranche, en dernier ressort, les litiges de navigation. Elle travaille en allemand, en français et en néerlandais, et ses décisions se prennent à l'unanimité.
Après la Première Guerre mondiale, le traité de Versailles transfère son siège à Strasbourg. Depuis 1920, elle occupe le Palais du Rhin, l'ancien palais impérial de la ville. Ses membres actuels sont l'Allemagne, la Belgique, la France, les Pays-Bas et la Suisse.
1817-1876 : la rectification du Rhin supérieur
Au début du XIXe siècle, l'ingénieur Johann Gottfried Tulla propose de corriger le cours du Rhin supérieur : rectifier les boucles, regrouper le fleuve dans un lit mieux tenu, éviter les débordements et le rendre navigable. Il prend la direction des travaux en 1817. Le chantier se poursuit bien après sa mort et ne s'achève qu'en 1876.
Le résultat transforme la plaine. Ces travaux de rectification et d'aménagement restreignent les débordements du fleuve, rendent ses rives plus prospères et permettent, à terme, de le rendre navigable à partir de 1907. Strasbourg peut dès lors s'affirmer comme port rhénan.
1919-1959 : le Grand Canal d'Alsace
Le traité de Versailles, en 1919, donne à la France, par son article 358, le droit exclusif d'aménager le Rhin. Les travaux du Grand Canal d'Alsace commencent en 1928 : une dérivation creusée parallèlement au fleuve, qui concentre la chute sur quatre paliers. La centrale et les écluses de Kembs entrent en service en 1932. Les paliers suivants sont achevés après la guerre : Ottmarsheim en 1952, Fessenheim en 1956, Vogelgrun en 1959.
Chaque palier associe une centrale et une écluse double. Les bateaux quittent ainsi le lit naturel, appelé Vieux-Rhin, pour un canal calme et profond. Dans le même temps, Strasbourg a transformé son port municipal en port autonome, par une convention signée avec l'État par le maire Jacques Peirotes dans les années 1920. Le port s'organise autour de bassins reliés au fleuve et devient le deuxième port fluvial de France.
1961-1977 : festons et ouvrages franco-allemands
En aval de Vogelgrun, le canal continu cède la place à quatre aménagements « en feston » : à chaque palier, un court canal de dérivation porte la centrale et l'écluse, puis rend l'eau au fleuve. Marckolsheim est mis en service en 1961, Rhinau en 1963, Gerstheim en 1967 et Strasbourg en 1970.
Plus au nord, le fleuve reste frontalier. Un traité franco-allemand conclu en 1969 prévoit deux barrages communs, exploités de façon symétrique : Gambsheim, mis en service en 1974, et Iffezheim, dont l'écluse fonctionne depuis le 14 mars 1977. Leurs sas de 270 m de long sur 24 m de large sont les plus grands de la section. En 2006, une passe à poissons est ouverte à Gambsheim, au droit de la frontière.
Ce que cette histoire laisse à la navigation d'aujourd'hui
Chaque étape a laissé sa marque sur la voie d'eau. Le régime international issu de 1815 et de 1868 explique pourquoi le Rhin a son propre règlement de police, adopté par la CCNR plutôt que par l'État français seul : voir notre page sur le RPNR. La canalisation par paliers explique la géographie de la signalisation : interdiction A.1 aux entrées des canaux d'usine, obligation de contact radio B.11b et aires d'attente aux abords des dix écluses, panneaux de passe sous les ponts.
La taille des ouvrages se retrouve enfin dans le format des panneaux. Des sas de 185 ou 270 m et des biefs larges imposent des gammes 3 et 4, posées sur des supports robustes, souvent depuis l'eau. Pour la situation actuelle, consultez la page Rhin : navigation et signalisation ; pour les usages de loisir et de commerce, la page activités sur le Rhin. Le choix d'un format se fait avec notre guide des gammes.
Sources
- CCNR, police de la navigation et RPNR
- CCNR, siège et Palais du Rhin
- Ministère chargé des transports, réglementation du Rhin
- EDF, la navigation sur le Rhin
- EDF, guide de la navigation sur le Rhin supérieur à l'usage des plaisanciers
- French Waterways, River Rhine
- Wikipédia, Rhin
- Wikipédia, Grand canal d'Alsace
- Wikipédia, Commission centrale pour la navigation du Rhin
- Wikipédia, Barrage hydroélectrique de Gambsheim
- Wikipedia (en), Iffezheim Lock
- Wikipédia, Port autonome de Strasbourg
- Wikipédia, EuroVelo 15







