Le Rhône · Histoire
Histoire de la navigation sur le Rhône
L'histoire de la navigation sur le Rhône est celle d'un fleuve rapide, longtemps pénible à remonter, puis entièrement aménagé au XXe siècle. Elle explique la forme actuelle de la voie d'eau et la plupart des ouvrages que l'on signale aujourd'hui.
Un fleuve navigable depuis l'Antiquité
Dès le IVe siècle avant notre ère, Aristote cite le Rhône comme une voie navigable. Pendant des siècles, le trafic repose sur des bateaux à fond plat, chalands et barges, capables de passer sur les hauts-fonds d'un fleuve aux eaux très variables. La descente profite du courant ; la remontée, elle, exige une force de traction depuis la berge.
Ce contraste entre une descente rapide et une montée lente marque toute l'histoire du fleuve. Il explique l'importance prise par les chemins de halage, longtemps indispensables à la remontée des bateaux vers Lyon.
Halage et remonte : le temps des hommes puis des chevaux
Jusqu'à la fin du XVe siècle, ce sont surtout des hommes qui tirent les bateaux, harnachés d'une large sangle de chanvre. Au cours du XVIe siècle, la traction animale les remplace à mesure que les convois grossissent. On parle alors de « remonte » : un train de barques tiré par des attelages de chevaux le long de la rive.
Au XVIIIe siècle, à l'apogée de cette batellerie, un équipage peut compter jusqu'à 90 chevaux et une cinquantaine d'hommes répartis sur les barques. La marche des convois dépend alors du niveau du fleuve, entre crues et basses eaux.
1829 : la vapeur sur le Rhône, puis la concurrence du rail
En 1783, le pyroscaphe de Jouffroy d'Abbans fait ses essais sur la Saône, à Lyon. Il faut pourtant attendre juillet 1829 pour que le « Pionnier » réussisse le premier aller-retour à vapeur Lyon-Arles-Lyon : un peu plus de 14 heures à la descente, 88 heures à la remonte. En quelques années, le nombre de chevaux employés à la remonte s'effondre.
La vapeur ne règne pas longtemps. La mise en service de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Marseille, en 1856, détourne une grande partie du trafic. Les compagnies de navigation fusionnent : la Compagnie générale de navigation naît ainsi en 1858 et poursuit son activité jusqu'en 1955. Pour fixer un chenal praticable, l'ingénieur Girardon fait construire digues et épis, travaux achevés en 1895.
1921-1948 : la loi Rhône et la naissance de la CNR
La loi Rhône, promulguée en 1921 et appliquée à partir de 1931, organise l'aménagement du fleuve autour de trois objectifs : produire de l'électricité, développer la navigation et irriguer. La Compagnie nationale du Rhône est créée en 1933 ; l'État lui accorde la concession du fleuve en 1934, pour 75 ans.
Les premières réalisations suivent rapidement : le port de Lyon Édouard-Herriot est inauguré en 1938, le barrage-centrale de Génissiat, sur le Haut-Rhône, en 1948.
La mise à grand gabarit, de Lyon à la mer
Après la guerre, la CNR enchaîne les aménagements de la vallée : au total 19 sites de production et 14 écluses à grand gabarit. Chaque ouvrage crée une retenue et, souvent, un canal de dérivation qui court-circuite un bras du fleuve, le Vieux-Rhône. Avec la mise en service de Vaugris en 1980, les bateaux de grand gabarit circulent sans interruption de Lyon à la Méditerranée.
L'histoire continue en amont : en 2010, les écluses de Chautagne et de Belley ouvrent le Haut-Rhône à la plaisance. En 2022, une loi prolonge la concession de la CNR jusqu'en 2041.
Ce que cette histoire a laissé à la navigation et à la signalisation
Le Rhône actuel est un fleuve d'ouvrages. Chaque aménagement superpose un chenal de navigation, une usine et un barrage, avec des bras court-circuités où les bateaux n'ont rien à faire. D'où le rôle central du signal A.1 et des panneaux qui orientent vers l'écluse. Les ports créés au XXe siècle imposent leurs aires de stationnement réservées, et le Haut-Rhône, ouvert récemment à la plaisance, demande des haltes et des écluses bien signalées.
Les règles d'implantation aux abords des ouvrages sont détaillées sur notre page signalisation des ponts, écluses et ouvrages. Pour la navigation d'aujourd'hui, voir la page le Rhône navigable, et pour l'affluent qui a vu naître la vapeur, l'histoire de la Saône. Les villes portuaires comme Arles ou Vienne gardent la trace de cette batellerie.
Sources
- CNR : navigation et développement portuaire
- CNR : histoire de la Compagnie nationale du Rhône
- CNR : arrêt annuel de navigation 2023 (communiqué)
- CNR : tourisme fluvial
- VNF : règlements particuliers de police du bassin Rhône-Saône
- Promofluvia : naviguer sur le Haut-Rhône
- Banque des Territoires : concession de la CNR prolongée jusqu'en 2041
- Cap sur le Rhône : 2000 ans de navigation
- L'influx : la batellerie sur le Rhône à travers les siècles
- ViaRhôna
- Wikipédia : Rhône






